Dans notre rôle de Directeur des Systèmes d’Information, on attend souvent de nous que nous soyons des visionnaires enthousiastes, prêts à adopter avec optimisme chaque nouvelle avancée technologique. C’est d’ailleurs parfaitement légitime : l’innovation est au cœur de la transformation digitale, elle peut être un levier de compétitivité majeur. Néanmoins, avec les années, une conviction s’est imposée à moi : cultiver un scepticisme positif n’est pas seulement utile, c’est un impératif stratégique.
Attention à ne pas confondre scepticisme et cynisme ou immobilisme. Le scepticisme dont je parle est une posture active, constructive et éclairée. Il ne s’agit pas de rejeter par principe la nouveauté, mais plutôt de la regarder avec un regard critique et distancié. C’est savoir poser les bonnes questions avant de s’enthousiasmer : cette innovation répond-elle à un vrai besoin ? Quel est son impact concret sur nos processus, nos équipes ? Quels sont ses risques cachés, parfois invisibles au premier abord ? Cette démarche critique permet de passer au crible les effets de mode, souvent porteurs de promesses excessives.
Le « hype » a toujours existé, mais dans notre monde digital à la vitesse vertigineuse, il est omniprésent. Combien de fois avons-nous entendu que telle technologie allait « révolutionner » notre quotidien, avant de voir dans la réalité un effet de soufflet vite retombé ? Des investissements parfois précipités ont suivi ces promesses, souvent au détriment d’évaluations rigoureuses. L’expérience, la prise de recul, est notre meilleure alliée pour distinguer la vraie rupture des feux de paille.
Mais le scepticisme positif ne freine-t-il pas l’innovation ? Bien au contraire : il la stimule et la pérennise. En questionnant profondément, on découvre des angles inédits, on identifie des adaptations nécessaires, on affine les solutions et on en trouve de nouvelles. Refuser la naïveté ne signifie pas renoncer à créer, mais plutôt poser les fondations d’une innovation durable et réellement utile. Petite parenthèse, j’ai d’ailleurs été interpelé ces jours-ci par une question intéressante : l’innovation est-elle une science ? J’espère pouvoir vous en parler bientôt. Je ferme la parenthèse.
Cette posture critique est aussi un puissant levier de résilience pour l’organisation. Elle nous prépare à anticiper les déceptions inévitables, à ajuster rapidement les trajectoires lorsque les résultats ne sont pas à la hauteur. Ce qui peut apparaître comme une résistance initiale se révèle être un moteur d’agilité stratégique. Chez Danone, j’ai régulièrement observé que les projets les plus réussis sont ceux où l’équilibre entre enthousiasme et scepticisme éclairé a prévalu. Ceux où nous avons pris le temps de douter, de questionner, de tester avant de généraliser.
Cultiver un scepticisme actif est donc une responsabilité essentielle du DSI. C’est choisir la profondeur plutôt que la superficialité, la lucidité plutôt que la crédulité, et surtout préférer une innovation réfléchie à un effet de mode passager. Cette posture offre un avantage compétitif non négligeable, car elle nous permet d’éviter les erreurs coûteuses et d’inscrire nos projets dans la durée.
En résumé, le scepticisme positif est la clé d’une démarche équilibrée : un regard critique sans cynisme, une vigilance constructive, un moteur d’innovation authentique. C’est dans ce subtil équilibre que réside la capacité du DSI à faire des technologies un levier puissant, durable et adapté aux enjeux réels de son entreprise.