Nous vivons dans une époque obsédée par la vitesse. Au travail, dans nos relations, même dans notre quotidien le plus ordinaire, tout semble conçu pour aller toujours plus vite. Nous accélérons sans cesse, persuadés que réussir signifie sprinter d’un objectif à l’autre, le pied au plancher, essayant désespérément de maintenir l’équilibre à grande vitesse, essayant de suivre l’emballement du monde. Mais cette course folle ne serait-elle pas, en réalité, une illusion de productivité ?
Nous sommes constamment en train de mesurer notre journée en tranches minutées de réunions Teams, en créneaux serrés de trente minutes, à courir d’une « chose » à une autre, sans réellement prendre le temps d’apprécier ce que nous faisons ou ce que nous sommes. Nous scrollons, nous swipons, nous planifions à outrance, mais prenons-nous véritablement le temps pour ce qui est essentiel, crucial, et précieux dans nos vies ?
À force d’accélérer, j’ai souvent l’impression que le temps lui-même s’accélère avec nous, rendant tout effort finalement absurde.
À quoi bon se presser constamment si, au fond, nous perdons de vue l’essentiel ? Cette accélération permanente déforme la valeur même du temps, la transforme en une denrée presque insignifiante, un simple support de nos activités, alors qu’elle est précisément ce que nous avons de plus précieux.
Ne serait-il pas plus sage, au contraire, de ralentir ? De prendre le temps de respirer, de regarder grandir nos enfants en slow-motion, de savourer chaque instant avec nos proches à un rythme plus lent, plus réfléchi ? Plutôt que de nous précipiter aveuglément vers la prochaine étape, la prochaine notification qui nous empêchera de penser, pourquoi ne pas accorder à nos projets le temps de germer, de prendre racine et de se déployer pleinement ?
Einstein, qui n’était pas exactement un novice en matière de temps, nous a enseigné que le temps est relatif. Peut-être, sûrement même. Mais au-delà de sa relativité, pour moi, le temps est avant tout incroyablement précieux. Chaque seconde vécue en conscience, pleinement appréciée, est une victoire sur l’agitation constante qui nous entoure, sur le flux incessant d’information qui nous bousculent. Apprenons donc à ralentir, à savourer chaque moment avec attention. Redécouvrons le plaisir simple d’être présent, ici et maintenant, sans nous projeter constamment dans l’instant suivant. Finalement, le temps véritablement bien employé n’est-il pas celui qui nous permet de goûter pleinement à la délicieuse complexité de la vie, à la beauté profonde des relations humaines et à la richesse infinie de chaque instant ?
“Le temps perdu ne se rattrape jamais” disaient souvent nos aînés. Ralentissons. Vivons chaque seconde comme si elle était unique. Car elle l’est.